Vous êtes ici : Accueil > Actualités

Détail de l'actualité

Accéder aux flux rss de notre siteImprimer la page

Intégrer la prairie humide dans le fonctionnement de l’exploitation

Les prairies humides sont des espaces riches en biodiversité. Pour les préserver, Ludovic et André Ritz du GAEC de Rudémont à Arnaville, dans la vallée du Rupt de Mad, ont présenté leur expérience dans le cadre de l’opération Agri-Mieux animée par La Chambre d’agriculture.

La vallée du Rupt de Mad bénéficie depuis plusieurs années d’un programme d’animation AgriMieux. Son objectif est de gérer au mieux l’activité agricole pour limiter les risques de pollution diffuse. Parmi les leviers de réduction des risques de pollution, le maintien et la bonne gestion des prairies est un des axes de sensibilisation de la Chambre d’agriculture. Mercredi 30 mai, une matinée consacrée à la valorisation des prairies humides a été organisée à Arnaville sur l’exploitation de Ludovic et André Ritz du GAEC de Rudémont. Les agriculteurs exploitent 120 hectares de prairies permanentes et temporaires. 18 hectares sont concernés par les mesures Natura 2000. « Nous avons fait le choix de mettre en œuvre des pratiques favorables à la préservation de la qualité de l’eau. Nous gérons les prairies humides de manière à ce qu’elles s’intègrent dans notre système d’exploitation. », affirme  André Ritz.

Des intérêts non négligeables

L’importance des prairies humides n’est plus à prouver. « Même si leur gestion est parfois difficile à cause de la portance du sol, des problématiques de piétinement des berges pour l’abreuvement, les prairies présentent différentes intérêts : filtre naturel pour piéger les nitrates, limitation de l’érosion, biodiversité et intérêt paysager, valeur économique. », énumère Camille Crespe, conseillère agronomie-environnement à la Chambre d’agriculture, en charge de l’animation de la zone Rupt de Mad. Des intérêts non négligeables vus les différentes problématiques du Rupt de Mad qui alimente en eau potable la ville de Metz. Le Rupt de Mad présente régulièrement des dépassements des normes en nitrates et produits phytosanitaires. En 2016 et 2017, deux pointes de nitrates à plus de 80 mg / litres – la norme étant de 50 mg/ litres – sont relevés. Les conditions pédoclimatiques de ces dernières années en sont en grande partie responsables mais n’expliquent pas la récurrence des pics observés depuis deux ans. Fabien POTIER de l’Agence de l’Eau Rhin-Meuse avance une autre hypothèse : « Très en amont du Rupt du Mad dans le département de la Meuse, près du lac de la Madine, près de 500 hectares de prairies ont été retournés. Les prairies ne jouant plus leur rôle de zone tampon, les pics de nitrates sont montés beaucoup plus haut en 2016 et 2017 que les années précédentes. » Il apparait donc nécessaire de travailler sur des systèmes d’exploitation compatibles avec la qualité de l’eau en intégrant la dimension économique et humaine des exploitations agricoles.

Des diagnostics d’exploitation pour des systèmes plus résilients

Le Parc Naturel Régional de Lorraine propose aux exploitants de les accompagner sur une démarche de labellisation des productions via la « Marque Parc ». En parallèle et dès le second semestre 2018, la Chambre d’agriculture va réaliser des diagnostics globaux d’exploitations dans une optique d’approche filière pour mesurer sur le plan économique les scénarios d’évolution vers des systèmes plus autonomes et plus résilients, s’appuyant sur l’herbe, la production intégrée, les cultures bas niveau d’impact. Pour Ludovic Ritz, la place de l’élevage sur son exploitation est plus qu’évidente : « Sur notre exploitation, les marges brutes de l’atelier d’élevage sont meilleures que l’atelier céréales. ». Un témoignage confirmé par les études économiques de Chambre d’agriculture. « Les systèmes de polyculture-élevage sont plus résistants et plus résilients que les systèmes céréaliers. Les variations d’EBE sont moins fortes. L’élevage reste un système économiquement intéressant malgré la conjoncture. », affirme Amélie Boulanger, référente herbe à la Chambre d’agriculture. «  Il est donc nécessaire de bien gérer ses prairie pour optimiser son système. En prairie humide, en système fauche-pâturage,  la mise à l’herbe se fait après une fauche tardive en juin, à un chargement de 55 ares/UGB, après une fauche tardive en  juin », gestion des prairies humides mises en œuvre en partie par les éleveurs du GAEC de Rudémont. « Sur les parcelles uniquement fauchées, la 1ère coupe de fait après le 15 juin et représente 2.8 à 3 tonnes. Une deuxième récolte se fait en octobre. Elle est souvent meilleure. Dans tous les cas, il y a zéro fertilisation, c’est dans le cahier des charges Natura 2000. », explique André Ritz.  Dans le cadre de Natura 2000, les agriculteurs sont encouragés à préserver ces milieux remarquables. Les Mesures Agro-Environnementales Territorialisées sont les outils de contractualisation pour Natura 2000 dans le domaine agricole. Le principe est de mettre en place des mesures d’incitation. Elles sont basées sur le volontariat des exploitants agricoles qui acceptent, moyennant une compensation financière, de souscrire à des contrats de gestion de 5 ans, comprenant des mesures favorables aux espèces et aux habitats. En 2015 et 2016, 80 hectares de prairies ont été engagées sur le site de la vallée du Rupt de Mad.

Virginie Grand
Chambre d’agriculture