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Le soja a sa place dans la rotation

De plus en plus implanté en Meurthe-et-Moselle, le soja fait ses preuves et trouve une place intéressante dans la rotation. La Chambre d’agriculture a livré ses retours d’expériences au cours d’un tour de plaine sur une parcelle de Frédéric Houin, agriculteur à Mandres aux quatre Tours.

La culture du soja connait actuellement un essor sans précédent en Europe et en France. Autrefois cantonnée aux régions à climat plus doux, les récents progrès en sélection variétale ont permis de créer des variétés adaptées à la Meurthe-et-Moselle. Le soja est une culture supplémentaire possible dans les assolements. De la même famille que le pois ou la féverole, son cycle décalé de mi-mai à fin septembre fait qu’elle peut être considérée comme une culture d’été. Culture économe en intrants et ne nécessitant pas de matériel spécifique, elle répond aux exigences des systèmes de culture.

 

Culture à bas niveau d’impact

Le soja est une culture dite « à bas niveaux d’impacts » car elle nécessite, de par ses propriétés agronomiques, un apport d’intrants moins important que certaines cultures majeures. Les productions à bas niveaux d’impacts garantissent un impact environnemental limité sur la ressource en eau (azote et phytosanitaires) et ce de façon structurelle, du fait de leur faible recours aux intrants de synthèse au cours de leur cycle de production. Leur effet environnemental positif est donc quasi systématique en conditions usuelles de conduite et peu dépendant de l’itinéraire technique ou des conditions locales de production. Frédéric Houin, agriculteur à Mandres aux quatre  Tours a implanté 10,8 hectares de soja au printemps. « Cette parcelle de précédent pour partie en orge de printemps et pour l’autre en féverole de printemps avait de gros problèmes de vulpins, de liseron et de chardon. Le soja permettra de casser le cycle du vulpin, mais aussi de répondre à l’exigence de 5% de la SAU en protéagineux de ma MAE réduction de produits phytosanitaires. », explique Frédéric Houin. Qualité de semis, date optimale de semis et variété adaptée au climat sont les trois facteurs clé de la conduite de cette culture. Le soja doit être implanté sur une parcelle propre, à bonne réserve hydrique et peu calcaire. En effet, le soja est sensible à l’excès de calcaire actif. Il faut donc éviter les sols trop calcaires (avec un taux de calcaire actif supérieur à 10%) qui peuvent provoquer des chloroses ferriques, limiter la nodulation et conduire à des pertes de rendement.  « Il faut impérativement semer sur un sol durablement réchauffé à plus de 10°C afin que la chaleur soit au cœur de la graine, soit première quinzaine de mai. », conseille Camille Crespe, conseillère agronomie-environnement de la Chambre d’agricultureOn vise un semis de 750.000 grains/ha pour un peuplement de 700.000 plantes/ha minimum, avec un PMG médian entre 160 et 200.

Merlin, la variété référence

« Pour choisir sa variété, il faut trouver le bon compromis entre précocité, productivité et hauteur d’insertion des premières gousses. », complète son homologue Julien Basuyaux. « Des variétés 000 sont obligatoires en Meurthe-et-Moselle. Merlin est la variété référence sur les essais des Chambres d’agriculture. Sirelia, Viola sont aussi bien positionnées. » Le soja est une légumineuse qui fixe l’azote de l’air grâce aux Rhizobium japonicum (bactéries) dans ses nodosités. Il n’est donc pas nécessaire d’utiliser des engrais azotés. Par contre, il faut inoculer les graines. Différents procédés d’inoculation existent. Les bactéries peuvent être apportées sur les semences avec de la tourbe ou encore sous forme liquide.    «  Pour l’inoculation, j’ai utilisé un malaxeur pour mélanger semences et tourbe. », témoigne Frédéric Houin. Les prix des inoculants varient entre 22 et 35 €/ha.

Désherbage : pas d’impasse technique

Le désherbage est un point important dans l’itinéraire technique du soja. C’est une culture très sensible à la concurrence et il est important de réaliser des interventions de manière précoce. Le soja est une culture qui se prête bien au désherbage mécanique du fait notamment des plages de temps sec assez facilement rencontrées sur son début de cycle en Mai et Juin. Le passage de herse étrille (ou houe rotative) à l’aveugle est une des solutions simples à mettre en œuvre et d’une bonne efficacité attendue. « Techniquement, nous ne sommes pas dans une impasse. Un traitement post-levée peut être effectué, soit avec Basagran 0.5 litres ou Corum 0.6 litres + Actirob 1 litre. », affirme Julien Basuyaux. La récolte du soja a lieu la dernière quinzaine de septembre pour un semis de la première quinzaine de Mai. À l’approche de la maturité, les feuilles de soja jaunissent puis tombent. Le grain  devient sphérique et libre dans la gousse (bruit de grelot). Le taux d’humidité est alors compris entre 12 et 16 %. « En 2017, les rendements ont varié entre 24 et 37 quintaux. 2017 était une année favorable au soja. Il faut tabler sur un rendement moyen de 24 quintaux. », modère Camille Crespe. La marge brute du soja, calculée en déduisant du produit brut les charges opérationnelles, s’élève à 630 €/ha (hors prime). Le soja se positionne donc entre l’orge de printemps (665 €/ha) et le tournesol ou maïs (615 €/ha). « Le soja a donc toute sa place sur l’exploitation et s’avère être une culture prometteuse. », conclut Julien Basuyaux.

 

Virginie Grand
Chambre d’agriculture 54